“EL PAISATGE INVISIBLE”
(Le paysage invisible)

Le Delta de l’Ebre s’asphyxie. Aujourd’hui, 98 % des sédiments qui permettent son existence restent retenus dans les barrages de Mequinensa et Riba-roja, provoquant une phase de recul et d’érosion sans précédent. Dans les 60 dernières années, plus d’une centaine de barrages ont modifié le flux naturel du fleuve de l’Ebre et de ses affluents, ce qui a mis à risque la survie de cet écosystème, qui pourrait disparaître dans moins de 80 ans. Ce problème n’est pas réduit au Delta de l’Ebre mais affecte toutes les zones humides de la planète, puisque la mauvaise gestion de l’eau a dégradé ou a fait disparaitre 90 % de cet écosystème.

De plus, la pression de la crise climatique accélère ce processus de disparition, avec l’augmentation du niveau de la mer, en conséquence de la fonte des calottes glaciaires, et l’augmentation de la fréquence et de la sévérité des catastrophes naturels.

La crise qu’affronte le Delta n’est pas seulement climatique, hydraulique ou énergétique, mais aussi culturelle. Elle répond à un besoin archaïque de nous associer avec la nature, basé sur une logique extractiviste dans laquelle (comme prévoyait l’anthropologue Bruno Latour) « l’important est d’utiliser les ressources pour se développer ». Ce regard obsolète est le point de départ du projet «El paisatge invisible» (Le paysage invisible).

En 2021, Wayra Ficapal commença à documenter le fragile écosystème du Delta de l’Ebre. Premièrement en le photographiant avec une caméra de format moyen analogique ; une caméra qui lui permit d’établir une relation lente, consciente et attentive avec son environnement. Après, sont venues les images avec l’eau de la mer Méditerranée, la même qui envahit et érode les plus grandes zones humides de Catalogne.

L’intervention de la photographie permet à l’artiste d’établir un dialogue collaboratif avec le paysage qui nous ouvre à une histoire non humaine et nous invite à modifier notre manière de comprendre et d’interagir avec l’environnement. Pas à pas, les photographies se détériorent et le paysage devient invisible. Quel paysage nous dévoile le paysage ?

Historiquement, la photographie de paysage a perpétué une vision idéaliste héritée de la peinture et du cinéma, déconnectée de ces conflits et dépourvue de critique. Durant les XIXᵉ et XXᵉ siècles, cette représentation était peut-être utile, mais maintenant, dans le contexte de la crise climatique, ce langage visuel continue à moduler notre lien avec l’environnement d’une manière anachronique, de telle façon qu’il est nécessaire de changer le récit pour enrichir cette relation paysagère.

Vidéaste
Claudia Herrán

Scénariste
Wayra Ficapal

Assistant de contenu
Josep Juan Segarra

Musique
Pau Arnal

Post-production sonore
Matteo Olivero

Commissionné par
Wayra Ficapal et Biennal de Fotografia Xavier Miserachs

Production
Biennal de Fotografia Xavier Miserachs

Conception de l’exposition
Lluís Bruguera

Conception graphique
Carles Reig

Encadrement
Arte Pisano & Pellet Punto

Conseils linguistiques et traduction
Núria Sàbat, Daniel Parsons et Flavie Marczoch

Montage
Museu del Suro de Catalunya

“El paisatge invisible” (Le paysage invisible) a reçu une bourse de la National Geographic Society et l’aide de Roca Umbert Fàbrica de les Arts.

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