“ADJECTIVAR EL TEMPS. TXEMA SALVANS - JOSEP PLA”
(Adjectiver le temps. Txema Salvans - Josep Pla)

Quelle importance accordons-nous à notre quotidien et à tout ce qui l’accompagne ? Nous intéressons-nous à ce qui nous entoure ? Prêtons-nous attention aux petits détails, apparemment banales, que nous croisons chaque jour ? Emportés par le tumulte du quotidien, nous peinons souvent à trouver la pause et l’état d’esprit adéquat pour apprécier les petits gestes anodins, les situations particulières ou les scènes fugaces de la réalité qui nous entoure. Heureusement, grâce à leur regard, les artistes nous aident à en prendre conscience.

Précisément, l’intérêt pour la réalité « prodigieuse et inépuisable, brute et magique », était l’une des constantes dans l’œuvre de l’écrivain Josep Pla (Palafrugell, 1897-1981), et se trouve également au cœur du travail photographique de Txema Salvans (Barcelone, 1971), comme il l’affirme lui-même : « je photographie ce qui est extraordinaire dans le quotidien ». À partir de cet embryon commun, l’exposition explore les processus créatifs de la photographie et de l’écriture pour découvrir les éléments partagés dans le regard et l’œuvre des deux auteurs.

Bien qu’ils appartiennent à des époques différentes et présentent des différences notables dans le domaine artistique, l’exploration comparée des œuvres de Txema Salvans et de Josep Pla fait émerger un réseau de connexions et d’intérêts esthétiques communs et révélateurs. Par l’emploi de l’adjectif précis, l’usage singulier de la lumière ainsi que la capacité expressive et en même temps critique de leurs regards respectifs, Txema Salvans et Josep Pla saisissent le temps et en révèlent la profondeur existentielle

En nous plongeant dans ce lien, nous avons constaté le cadre évocateur que les textes de Josep Pla offrent pour appréhender l’atmosphère des photographies de Txema Salvans, issues des projets Perfect Day, The Waiting Game, Sunday Morning et Les destrosses d’una catàstrofe (Les dégâts d’une catastrophe), dont certaines sont inédites. Présentées conjointement, la littérature de Pla et les photographies de Salvans apparaissent comme deux manières singulières, et en même temps complémentaires, d’entrer en relation avec le monde. En les faisant dialoguer, le résultat met en relief leurs points communs : la curiosité, la rigueur, le souci du détail, la vision à la fois locale et universelle et, surtout, que ce soit avec la plume ou l’appareil photo, leur capacité à qualifier le temps.

« Écrire, c’est avant tout trouver les adjectifs, savoir adjectiver. Ce n’est pas facile. Cela exige beaucoup d’observation, beaucoup de patience, de ne pas se soucier du temps. Cela peut paraître simple, mais ce n’est pas facile. La lenteur, la solitude, sont probablement propices à cela. L’intuition, encore plus. »

Josep Pla. Darrers escrits. OC LXIV. Barcelona: Destino, 1984, p. 348

« En photographie, cette notion du temps est tout simplement fabuleuse. Nos photos sont des fossiles. On vole le temps à l’instant présent et on le laisse ici, fossilisé. »

Txema Salvans

« Tout ne tient qu’à un fil, tout est incertain. »

Josep Pla. Darrers escrits. OC LXIV. Barcelona: Destino, 1984, p. 349

« L’attente a été longue, interminable. Toute la vie n’est qu’une attente. Une attente de quoi ? »

Josep Pla. Un petit món del Pirineu, OC XXVII. Barcelona: Destino, 1974, p. 197

« Les actions des homes et des femmes sont si variées, si surprenantes, si inextricables et si diverses qu’elles sont plus épaisses qu’une jungle végétale. »

Josep Pla, Le cahier gris. Traduit par Serge Mestre. Paris : Gallimard, 2013, p. 487

« Le paysage possède une immobilité ancienne, douce et paternelle. Si l’on entend un cri, le vent l’emporte lentement. On sent le temps s’écouler de façon suave, comme un filet d’huile. »

Josep Pla, Le cahier gris. Traduit par Serge Mestre. Paris : Gallimard, 2013, p. 212

« On reste un instant suspendu, le regard perdu dans le ciel. Toutes les nuances de gris et de rose flottent dans l’atmosphère. L’air a la douceur d’une perle trouble. »

Josep Pla. El nord, OC V. Barcelona: Destino, 1967, p. 66

« La lumière est d’une blancheur soyeuse, effervescente, éblouissante. En l’air, sur les murs blancs, sur le sable rosé, la lumière en fusion produit de petites langues vaporeuses et flottantes qui virevoltent. »

Josep Pla, Le cahier gris. Traduit par Serge Mestre. Paris : Gallimard, 2013, p. 240

« Le ciel doré et rose est parsemé d’un fin voile couleur pêche. »

Josep Pla. El nord, OC V. Barcelona: Destino, 1967, p. 249

« Il y eut un moment de silence et tout resta suspendu. »

Josep Pla, Le cahier gris. Traduit par Serge Mestre. Paris : Gallimard, 2013, p. 285

« C’est là que réside l’essence même de la littérature : les détails, l’observation, la connaissance. C’est cela qui perdure. »

Josep Pla. Notes del capvesprol, OC XXXV. Barcelona: Destino, 1979, p. 266

« En photographie, c’est à toi de mettre de l’ordre dans le chaos. Tu arrives dans un lieu et c’est le chaos. Tu dois alors mettre de l’ordre, établir une hiérarchie, tracer des lignes. Tu le fais intuitivement quand il s’agit de ton métier et tu as le talent pour ça. C’est comme écrire une partition musicale, un texte bien écrit, sans fautes d’orthographe. »

Txema Salvans

Commissariat et production
Fundació Josep Pla et Biennal de Fotografia Xavier Miserachs
Conception de l’exposition
Lluís Bruguera
Conception graphique
Carles Reig
Tirages photographiques
Copia Lab
Encadrement
Arte Pisano & Pellet Punto
Conseil linguistique et traductions
Núria Sàbat, Daniel Parsons, Flavie Marczorch, Marta Moreno et Aina Pubill
Impression
Gràfiques Agustí
Montage
Charpenterie Pujol
Transport
Santi Léonard
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